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                                              LES CASTORS   (1950 - 1954)

                                                                             BUXEROLLES

 
La guerre 1939/1945  venait à peine de se terminer à POITIERS ;  les mal-logés étaient très nombreux. Il était pratiquement impossible de trouver un logement. Quelques ouvriers ont eu l'idée de construire eux-mêmes leur maison.

Mais cela semblait pratiquement impossible, sans argent !  Acheter un  terrain et obtenir l'aide de l'État ?

Si l'on était plus nombreux à avoir ce même désir, ce serait sûrement plus facile. L'idée est alors venue de faire un appel, dans la presse locale, pour demander des volontaires à cette aventure.

L'appel a été entendu, puisque près de 200 personnes (jeunes ménages) étaient intéressées.

En 1948:

C'est une idée d'un groupe d'ouvriers Bordelais, qui se sont associés pour acheter un terrain, sur la route d'Arcachon, pour y construire leur propre maison.                                                                                                                                                                                                  
Mais, ayant peur d'une dépense  excessive, ils acceptaient de travailler ensemble à cette construction pendant leurs jours de repos et les congés, pensant, de cette façon, réduire le prix de la construction.

Ils ont constitué  une société d'habitation à bon marché (HBM)  et  après de nombreuses difficultés pour trouver un financement, 15  mois plus tard, le gros œuvre de 60 maisons était réalisé.

En 1949 :

Cet exemple a donné l'idée à quelques ouvriers de Poitiers, de tenter la même expérience, mais avec un peu plus d'ambition  :  une construction en pierre apparente avec un ensemble plus important de 150 maisons, et autre  avantage, la  pierre se trouverait sur place .

Étant plus nombreux, le coût serait réduit.  En suivant l'exemple des Bordelais, cela devait être possible et bien sûr, avec beaucoup de volonté.

C'est ainsi qu'un groupe d'ouvriers, sans autres ressources,  que leur travail, les « mal-logés » allaient pouvoir avoir une maison convenable pour loger leur famille, en constituant une véritable entreprise :
le Comité Ouvrier du Logement (COL).

Ils ont donc créé cette société,  désigné des administrateurs, mis à l'étude des statuts et l'ont appelée : les Castors  (faire de nos propres mains).

En 1950 :

Pour commencer notre opération, il nous fallait trouver les terrains,  environ 15 ha, en devenir propriétaires  mais,  sans argent, ce  n'était guère possible !

Nous avons eu  la chance de trouver quelques généreux commerçants et autres,
de POITIERS , qui nous ont fait un prêt , sans intérêt ..... argent  nécessaire pour acquérir le petit matériel , un camion d'occasion, ainsi qu'une parcelle de terre
sur BUXEROLLES,  ( à l'extrémité de la rue des Quatre Cyprès).

 
Sur cette parcelle nous devions  déposer la pierre à construire,  que nous allions extraire, si possible,  sur le terrain même des 15 ha, et  nécessaire au lotissement projeté et localisé sur BUXEROLLES

En très peu de temps, après une annonce dans la presse, une centaine de nouvelles inscriptions , étaient enregistrées . Fin janvier, les inscriptions étaient suspendues, le chiffre de 150 logements dépassé.

Des promesses d'achat de terrains (verbales) étaient obtenues sur le plateau de BUXEROLLES.  Il restait bien sûr  le délicat problème du financement de ces terrains. Ce n' est que six mois plus tard, fin juin 1950, que des personnes sympathisantes ont bien voulu prêter l'argent nécessaire, sans intérêt.

Ce qui nous a permis d'acquérir une dizaine d'hectares, et mettre sur pieds un projet  de lotissement de 150 maisons.

Mais hélas, les crédits nécessaires à cette réalisation, se  sont fait attendre encore
de très longs mois , ce qui ne nous a pas empêché de commencer cette aventure.

Ce genre de construction était défini « pavillonnaire ». Nous sommes allés extraire de la pierre, non pas à BUXEROLLES, car elle était trop dure (parait-il), mais, à LAVOUX, dans les carrières de pierre de taille ; il nous fallait trier les déchets de pierre de taille pour récupérer les moellons entassés sur une hauteur de 4 à 5mètres.

Ces tas de déchets étaient énormes  et  impressionnants  et s'appelaient « les cavaliers ». Ces moellons étaient transportés par camion et déposés sur une parcelle de terrain  à BUXEROLLES, rue des 2 Communes, ancien chemin rural, reliant la rue des 4 Cyprès à la Charletterie.

Avec nos cotisations mensuelles, nous avons acheté le petit matériel, pelles, pioches et le camion. Bien entendu un salaire devenait nécessaire : le chauffeur du camion.

Les premiers travaux dans les carrières de LAVOUX commençaient en février 1950.

Tous les jours, les Castors qui se trouvaient disponibles, se rendaient à la carrière. Le dimanche nous étions plus nombreux : une quarantaine. Comme très peu  possédaient de voiture,  le trajet POITIERS-LAVOUX, se faisait à vélo,  aller comme le retour.

Si nous voulions être pris au sérieux, il fallait travailler beaucoup, pour obtenir les premiers crédits d'une première tranche.

C'est ainsi, qu'à la fin de l'année 1950:  8 000 m3 de pierre étaient arrivés sur le terrain à BUXEROLLES, environ les 2 /3 de nos besoins.

Nous avions opté pour le programme de  «  location coopérative »,  plus avantageux pour la majorité d'entre nous, car, sans apport initial et assurance vie obligatoire.

Cette location coopérative que nous avions choisie, avait de nombreux avantages au départ,  réservant entre autre,   la possibilité,  un jour ou l'autre,   d'accéder à la propriété.

L'emprunt, pour cette location coopérative, était remboursable en 65 ans,  au lieu de 35,  à un très faible taux : 1 %.  Par sécurité, la Société des Castors (C.O.L.) a créé sa propre caisse de sécurité. Elle permettait de couvrir les frais de médecins et pharmacie non remboursés, concernant les accidents survenus sur le chantier.

Nous avons obtenu  l'agrément à la construction, de la Société (C.O.L.) fin 1950. Il y avait 10 mois déjà, que les travaux à la carrière de LAVOUX étaient commencés.

Un projet d'urbanisme a été confié à un architecte (M. SERREAU).                                       

L'ébauche présentée nous a paru très agréable.   Les maisons n'étaient pas implantées en bordure de voies pour la plupart, mais en recul , pas d'alignement entre elles, ce qui fait son originalité et fait, une impression de diversité

A la fin de 1950, les premières installations de chantier:  un  baraquement , a été monté à l'emplacement de l'église actuelle. Nous avions un bureau de chantier, un entrepôt de matériel, une salle qui servait de cantine pour ceux qui voulaient déjeuner sur place.

Suivant le projet, les travaux de viabilité commençaient.

Nous avons réalisé une première canalisation d'eau potable : 600 mètres, à raccorder rue du Planty,  avec pelles et pioches. Le marteau  piqueur  n'était  utilisé, que lorsque les spécialistes de cet outil étaient présents au chantier.

Nous avons également, commencé à mettre en place  le réseau d'égout.

La  voirie elle,  représentait 3 kms.  Les deux rues principales ont été faites de nos propres mains : enlèvement de la terre sur une profondeur de 25 à 30 cm ,  poser le hérisson, qui consistait à placer les plus grosses pierres debout,  les unes contre les autres, recouvertes de plus petites sur une hauteur de 25 cm.

Ces matériaux étaient récupérés sur la commune : vieux murs, bâtiments en ruines et  « chirons »  (tas de pierres  au milieu des champs) .

Une certaine discipline devait être respectée.

En cette  première année, le nombre d'heures obligatoires était de 312 heures. Celui qui n'avait pas donné dans l'année son contingent, était pénalisé ;  les heures manquantes étaient doublées. Nous étions peu nombreux en infraction, tant, la sanction était sévère   :

« 48 000 heures fournies, et pas une maison sortie de terre. »

Les critiques circulaient beaucoup.  Pas de découragement,  tant, nous étions sûrs de la réussite. Le moral était  maintenu par les administrateurs, qui répétaient très souvent, que les crédits allaient arrivés, et aussi, nous nous étions engagés  -   pas facile d'abandonner, sans un cas de force majeure.

Liste des prioritaires :

De nombreux Castors étaient vraiment très mal logés, avec parfois, une famille nombreuse. Nous savions aussi que les crédits nécessaires à cette opération, arriveraient par tranches.

Donc,  pour la première tranche, il a été décidé de l'attribuer aux plus mal logés, qui en feraient la demande.
Une commission a été créé, à cet effet,  pour se rendre sur place et constater l'état des logements des Castors demandeurs -  50 ont été retenus et un tirage au sort a eu lieu.

En 1951 :

Le 1er coup de pioche,  pour la première tranche de 50 maisons (1 an après le départ du travail de LAVOUX).

Le plan du Centre Commercial et social a été accepté - une partie a été aménagée en priorité, pour construire un atelier de menuiserie et un garage pour le matériel et l'outillage.

Au cours de cette même année, le travail des Castors consistait à creuser les caves et les fondations des 50 premiers  pavillons, terminer l'empierrement des principales routes,  pour faciliter le passage des véhicules de chantier .

Nous avons acheté une carrière de sable, près de  DISSAY (Aillé), pour  en  extraire  9 000  m3.

Les maçons Castors n'étaient pas assez nombreux,  l'embauche  de nouveaux  maçons  devient une priorité.

En 1952 :

Les premiers crédits demandés,  ne sont arrivés qu'en février. C'est-à-dire,  qu'il y avait 2 ans que le chantier était commencé .

Malgré quelques abandons, «  nous tenions le coup ».

Des subventions sont arrivées (Conseil Général), et  un   prêt relais de la Sécurité Sociale,  ont  permis d'attendre l'enveloppe de la Caisse des Dépôts.

C'était l'acquisition du gros matériel.                                                                                     La première maison fût habitée en septembre 1952 , les autres, encore sous couverture.

Ces premiers succès, marquent aussi la fin de la « galère »

Mieux encore, en octobre, pour attirer l'attention du Ministre de la Reconstruction en visite, (surtout pour solliciter son appui financier), un pavillon est construit en moins d'un mois. On l'appela la « MAISON CHAMPIGNON « 

En 1953 :

Les  aménagements se réalisèrent régulièrement et, en mai 1953, la 50ème maison prioritaire était, elle aussi, habitée.

 
Les prioritaires, s'ils ont eu la chance d'arriver les premiers, ils ont  vécu durant de nombreux mois dans le milieu du chantier, sans voies  de desserte,  dans un véritable bourbier.

Les commerces n'étaient pas arrivés,  le ravitaillement était pénible (il faut noter que BUXEROLLES n'avait aucun commerce ; les habitants allaient faire leurs achats à POITIERS (place Montierneuf ou rue des 3 Rois)  Des marchands ambulants avaient beaucoup de peine à se déplacer sur les parties de chemins  encore praticables.

A la fin de l'année :   67 maisons étaient habitées.

Pour accélérer la construction, nous avons embauché du personnel qualifié supplémentaire, et, fait appel à des entreprises, pour le gros œuvre.

En 1954 :

118   maisons étaient habitées  -    et à la fin de l'année 1954,  la dernière tranche de 51 logements était en cours de réalisation.

Le Centre Commercial a été construit. Il comprenait : alimentation, pharmacie, crèmerie, boulangerie, et boucherie.

La main d'œuvre Castors devait cesser le 24 novembre 1954soit 58 mois après le 1er coup de pioche à LAVOUX.

Cette longue participation n'était heureusement  pas  prévue  au départ,  car, beaucoup auraient abandonné,  entraînant  probablement les Castors à la chute.

Je crois que cette cité est une belle réussite - où il reste encore quelque chose. L'esprit de voisinage est exemplaire.

Il faut dire aussi, qu'après ces dures années de travail en commun, les Castors se sont un peu oubliés, regrettable peut-être, mais, tout à fait normal.

Chacun voulait son « chez soi ». Il l'a eu.

Du  travail en commun,  nous sommes passés au travail personnel.  Notre jardin que nous trouvions trop petit (une parcelle de 800 m2), aujourd'hui  (en 2006) ,  tous,  sans exception,  nous le trouvons trop grand ;  demain c'est lui, qui nous envahira !!!

Avant de terminer cet exposé sur les Castors, je dois aussi préciser, qu'il existait deux catégories de Castors :  les téméraires et lesIndécis

                                                    1° Les téméraires :                                                         

Ceux, qui du 1er jour au dernier jour, sans défaillance, ont assumé la charge qui était la leur. Cinq années de travail sur le chantier, pour 1750 heures ouvrées de travail obligatoire.

                                                     2°  Les indécis :                                                                  

ceux qui sont arrivés la 3ème année du chantier. Nous avions le financement pour 144 pavillons et nous restions 125 téméraires.  Un nouveau recrutement devait se faire, mais, pas dans les mêmes conditions  - pour 19  nouveaux : un apport travail et un apport financier étaient demandés.

Une participation financière de 100 000 fr. et un apport travail de 750 heures.

Un avantage s'offrait à eux. Le pavillon qui allait leur être attribué, était en construction. Le seul risque, était l'apport financier  pour un jeune ménage .

Cette réalisation est assez rare en France    :   permettre à 144 familles, très modestes, d'être logées, avec, comme participation financière , une cotisation mensuelle de 1 000 fr. (1950), qui a pris fin, le jour où nous sommes devenus propriétaires (locataires / participants) pour un loyer , acceptable pour tous,  et surtout,  pour  les familles bénéficiant de l'allocation logement, couvert à 90%.

Après de multiples démarches, le Comité. Ouvrier du. Logement  ‘C.O.L.).  Société Anonyme Coopérative à capital variable, a été dissoute par anticipation, par l'assemblée extraordinaire des actionnaires, le 15 OCTOBRE 1977

Les partages ont eu lieu à l'Etude de Maître JUTEAU, notaire à POITIERS.

(PV d'attribution définitive du 14 avril 1978)


                                         FAIT A BUXEROLLES, le 4 janvier 2006

                                                                       Marcel VARLIETTE

 

                         Membre du Conseil d'administration du Comité Ouvrier du Logement 

                                      Maire de la Commune de BUXEROLLES de 1961 à 1989

 
 
 
                            La construction de la cité des Castors a été crée de 1950 à 1954...
 
 
 

Quelques photos...

 

 

 

Extraction de la pierre dans la carrière de Lavoux (86)



Chantier des Castors - Fondation


Chantier des Castors - Elevation
 
Chantier des Castors - Construction des murs
 
Chantier des Castors - Maison en finition
 
 
Nous souhaitons remercier tout particulièrement M. André FROUIN,
(qui n'est malheureusement plus là aujourd'hui pour nous raconter de fameuses anecdotes sur la construction du quartier, et ce qu'en était l'esprit à cette époque) qui nous a transmis sa mémoire à travers un généreux don de photos d'époque. Celles-ci nous ont permis d'illustrer avec justesse toute l'aventure de la construction des castors, et de mieux nous représenter le travail titanesque effectué avec courage et solidarité par "les mal logés ".


 

 

 

 
 

 


Les réactions

Avatar Laurence LACOMBE

Je ne peux qu'admirer le dévouement et le courage de ces ouvriers mal logés ainsi que leur ténacité à mener à bien un projet d'une telle envergure. Ceci reste un bel exemple de solidarité, à renouveler pour éradiquer la "flambée" de l'individualisme.

Le 03-07-2013 à 15:43:35

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